Les nouveaux romantiques

Confidences de pivoines sur broderies anglaises

Hier matin, madame s’est offert un bouquet de pivoines dont les fleurs solitaires, au feuillage racé, aux tiges fortes et masculines surplombées de pétales odorants à la féminité sublimée m’ont autant mis en émoi que la collection été de Ralph Lauren. Il faisait chaud, les gens collés les uns aux autres dans les transports en commun étaient aussi désirables qu’une meute de torchons dans le panier du linge sale. Pourtant, parmi eux, s’est distingué ce matin un homme à la peau couleur épice qui arborait une chemise blanche en broderie anglaise.

Fleur androgyne des années 20 revisitée par Ralph Lauren
Photo Courtesy of Ralph Lauren

Tandis que madame s’évertuait à gagner quelques millimètres sur le siège de la vieille dame de gauche, je contemplais avec émerveillement le mariage du pétale en chiffon et du coton brodé sur une peau d’épices. L’homme à la chemise en broderie anglaise me parut soudain, au travers de mon rideau de pivoines, comme l’homme le plus viril de toute notre rame.  Pourtant, il y en avait des hommes habillés avec goût mais lui apportait au romantisme classique de la broderie anglaise toute la passion qu’on ne ressent plus quand elle s’affiche sur un simple jupon brodé. Avez-vous remarqué comme cet été la broderie est convenue même si elle redonne le ton du romantisme à plus d’une jupe ou d’un manteau ? Elle se joue de candeur sur des jeunes filles plus ou moins en fleur qui cherchent à insuffler de l’innocence dans leurs tenues les plus printanières alors que cet homme au parfum boisé et à la peau d’épices se l’est appropriée en offrant à la broderie anglaise ses nouvelles lettres de virilité.

En rentrant, j’ai suggéré au jupon de redorer ses oeillet. Fleurs androgynes et broderies d’antan vont enfin cet été se jouer des codes du romantisme classique. Et cela me plait.

Cette fois, j’y étais, mes amis.

C’est d’ailleurs pour cela que j’aime les premiers émois de l’automne et les amours d’hiver. Etre aux premières loges d’une histoire dont on sera témoin, à même le coeur de mademoiselle, des premiers actes est plus savoureux que n’importe quel roman d’amour du XXIe.

Mais je m’égare à nouveau, mes amis !

Ce matin, je lisais le compte-rendu de Stéphane Bonvin sur la mode masculine de l’automne prochain. Il y parlait de guerre, de cuirs protecteurs, de cols roulés, de gravats, de renforcements aux coudes des pulls et vestes, de volumes impressionnants pour en arriver à cette pertinente question:

 

Les habits musclés rendent-ils fort ou couard?

Ce matin, monsieur a enfilé son jean au denim le plus épais et sombre et son long manteau marron doublé. Il est parti roulé dans son col noir, surprotégé par un snood tricoté par la reine mère de Monsouvenir. On ne voyait plus que ses yeux aux couleurs changeantes et ses mains craquelées par le froid. J’étais sur le dos de madame quand elle lui a fait signe par la fen'être et et j’ai senti son coeur battre un peu plus vite que de raison.

Car il y a ces temps une guerre qui sévit dans le coeur de cet homme. Une guerre contre l’injustice, la lâcheté, l’épuisement, la pression, le temps, le devoir abrutissant. Une guerre qu’il mène avec beaucoup d’élégance même s’il on en parle peu quand on croise l’un de ses vêtements dans le panier à linge.

Ce matin, dans son manteau volumineux, ses épaules paraissaient plus larges, plus à même de supporter le poids du monde comme un chevalier sous son armure. Il avait beau cacher ses dernières envies de sommeil et de rêve d’évasion dans son snood mousseux, on pouvait deviner la pointe de son col roulé noir, celui qui impose le respect, qui laisse deviner à la fois force et noirceur, celui-là même qu’il portait le soir où elle s’est rendue compte qu’elle le désirait plus que ce dandy que certaines écervelées lui enviaient

Mais je garde cette histoire bien au chaud pour une autre fois.

Pour l’heure, je rends hommage à son large manteau et son col roulé noir même si, au plus profond de ma maille, je sais qu’un habit musclé ne rend fort que l’homme qui l’est déjà.

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